Interview de Tatiana - Jinjer

Peux-tu présenter Jinjer, nous dire comment le groupe est né et pourquoi il se nomme ainsi ?

Jinjer est un groupe à chant féminin ukrainien composé de 5 musiciens. Chacun de nous a un background différent et à la base le groupe était avec un chanteur. Le premier line-up s’est créé en 2009 et a sorti une démo avant de splitter. Max Fatullaev, le premier chanteur est parti vivre aux États-Unis, mais il aide toujours le groupe pour ce qui est des paroles des chansons. En 2010, j’ai rejoint Jinjer mais le groupe a connu pas mal de changements jusqu’à l’été 2011. Nous avons changé de batteur deux fois, de bassiste trois fois et de guitariste tellement de fois que je ne peux compter. C’est juste que cela ne collait pas avec eux. Donc, aujourd’hui, seul un membre est là depuis le début : le guitariste Dmitriy Oksen. Mais d’un autre côté nous nous connaissons tous depuis l’enfance. Dmitriy, Roman, Alexander et moi-même sommes amis depuis plus de 10 ans. Nous avons joué ensemble dans différents groupes et le destin nous a réunis avec Jinjer. Seul Eugene, notre bassiste est tout nouveau dans l’équipe, il vient d’une ville à une vingtaine de kilomètres de nous. Il nous a rejoints durant l’été 2011 et depuis nous travaillons très dur. Pourquoi Jinjer ? C’est Dmitriy qui a eu l’idée il y a déjà longtemps. Il pense que c’est un nom court et facile à retenir, et puis qu’il sonne bien. Mais j’aime bien l’associer au son des guitares à distorsion, vous savez comme « jin. Ji-jin,jer »

Votre musique est très moderne avec des riffs néo-metal mais est aussi très technique. Quelles sont vos influences  et que vouliez-vous exprimer à travers elle ?

Nous ne nous voyons pas comme un groupe de néo-metal. Bien sûr nous sommes influencés par certains groupes néo comme Mudvayne, POD, Slipknot, comme beaucoup de jeunes qui ont été ado dans les années 2000. Mais ce qui influence vraiment Jinjer est assez loin de ces groupes. Je dirais que nous jouons une sorte de metalcore progressif mélangé à du metal groovy. Nos groupes de références sont Killswitch Engage, Protest the Hero, Lamb of God, Otep, iwrestledabearonce, Periphery, Pantera, Chimaira, pour ne citer qu’eux. Quant à ce que nous voulons délivrer à nos fans, cela se situe surtout au niveau des paroles de nos chansons.

Justement, de quoi parlent vos paroles ?

Je chante sur pas mal de sujets différents. Parfois des sujets totalement opposés. Mes paroles sont assez différentes de celles de Max. Mais en général nous essayons de réveiller les esprits, que cela soit d’un point de vue mental ou émotionnel. Rendre les gens à nouveau humains, qu’ils se remettent à penser au lieu d’être des machines sans âmes au service du système. Dans Exposed as a liar, je tente de persuader l’auditeur qu’il faut prendre le chemin de la vérité, que c’est le seul moyen de s’affranchir et d’être libre. D’autres chansons parlent de la fragilité de toute chose, de l’importance de vivre et de profiter de chaque instant de l’existence.

Ta voix est très versatile, tu sais faire les growls aussi bien que les parties jazzy. Quel est ton parcours musical et  tes chanteurs préférés ?

Je chante depuis que je suis toute petite mais je n’aurais jamais pensé me retrouver dans un groupe un jour. A 10 ans je me suis acheté un album de Nirvana. Je serai toujours reconnaissante envers mon frère pour m’avoir permis de voir Nirvana avec Kurt ! J Au même âge, j’aimais aussi  Alice in Chains, Metallica, et puis tard Offspring. A l’adolescence, j’ai découvert Sandra Nasic et le titre Big in Japan et j’ai été tellement impressionnée que je me suis mise à chanter du Guano Apes. Je peux vraiment dire qu’elle fut mon professeur. Ensuite, cela va sembler bizarre venant d’une personne qui a des goûts aussi « hard » mais j’adore le reggae et tout ce qui y ressemble. Les autres inspirations que je peux mentionner : Nina Hagen pour sa personnalité totalement folle, Janis Joplin pour sa voix bluesy, Otep Shamaya et Candace Kucsulain pour être des « bad-asses » J Randy Blythe et Michael Akerfeld pour leurs savoureux growls, Phil Anselmo pour me surprendre toujours avec sa voix puissante. Je pourrais vous en citer encore plein…

Si tu devais faire un duo avec une autre chanteuse de metal, qui choisirais-tu ?

N’importe laquelle des chanteuses que j’ai déjà citées. Mais chacune d’elles a tellement une personnalité qui se suffit à elle-même que ma présence risquerait de gâcher cela.

Parlons un peu de ton pays ! Qu’en est-il de la scène metal en Ukraine. Est-ce facile d’y faire de la musique ?

Pour être honnête, ce n’est pas évident de faire du métal quand on vit en Ukraine. La scène est plus que saturée, il y a tellement de groupes… Il faut travailler dur pendant un ou deux ans avant de pouvoir un peu attirer l’attention sur soi. Beaucoup de groupes talentueux que je connaissais ont splitté à cause de ça. Il y a beaucoup de groupes qui trichent et font des cd corrects en utilisant Pro-tools ou d’autres logiciels et une fois sur scène, c’est de la merde. Et puis les groupes les plus connus ne font rien pour aider les petits groupes. Il y a comme une règle tacite, ce sont les plus gros groupes qui jouent dans les meilleures salles, font les meilleurs festivals, vont à la radio ou à la télé et il n’y a pas de places pour les plus jeunes musiciens. Il y a trop de critiques sans fondement qui ne permettent pas de progresser. Parfois, c’est démotivant, mais à la fin cela ne te rend que plus fort, et désireux d’allant de l’avant. En général, l’arrogance des gens ne t’empêche pas de faire de la musique et au contraire t’aide à trouver de l’inspiration, nourrit ta pensée en te rendant en colère, ou plein d’émotions. Et les Ukrainiens ne manquent pas d’arrogance. Ici, les gens sont toujours choqués en voyant mes dreadlocks, tatouages et piercings.

Vous venez de tourner votre 2ème clip, peux-tu en parler ?

Ouais. C’est un live officiel. Nous l’avons tourné à Kiev lors de notre concert au Bingo, l’une des meilleures salles de la région. Il y aura des passages de notre concert bien sûr, mais aussi du backstage et des passages de l’after. Cela sera assez intéressant à regarder. Nous avons eu du mal à nous decider pour le titre mais finalement nous avons choisi Scissors, à cause de ses riffs bien groovy et son refrain catchy qui collent bien à la vidéo live. Cette chanson nous représentera aussi dans la compilation Des filles et des riffs, vol.3 .

Avez-vous d’autres projets ? Peut-être une tournée et un LP ?

Bien sûr. Nous avons beaucoup de projets ! Nous allons partir en tournée en Europe de l’Est, probablement en Roumanie et Pologne. Et nous travaillons sur notre premier LP. Nous pensons finir l’enregistrement durant l’été 2013 mais c’est difficile d’avancer des dates, il faut trouver un label car pour l’instant nous n’en avons pas.Mais nous mettrons des singles sur internet et nous ferons d’autres clips.

Un dernier commentaire ?

J’aimerais que les gens écoutent plus de musique indépendante, plus de jeunes groupes et musiciens. Je pense que partout, il y a besoin de fraîcheur et de nouveauté. Soutenez les jeunes artistes, achetez les cd comme vous le faisiez il y a 10 ans, même un seul cd par mois, ça serait génial. Allez aux concerts, les petits concerts locaux comme les grands festivals internationaux.